Mélanie Chappuis, 8 mars 2010

Y a-t-il une écriture féminine ?

C’est peut-être le thème que nous aurions dû proposer pour l’édition spéciale du 8 mars accueillant la journaliste et auteur Mélanie Chappuis. Son premier roman, « Frida », publié aux éditions Bernard Campiche est le chemin d’un bout d’existence d’une jeune femme qui d’amants en amants ne cesse de chercher celui avec lequel elle n’aura plus à chercher : « Avant toi, il y avait moi et tes prédécesseurs ». Le livre de Mélanie Chappuis est une sorte de « psychothérapie » où la femme se dévoile, dépose ses doutes, ses réflexions, ses angoisses ou encore ses obsessions pour avancer vers l’amour serein ou, plutôt, vers son harmonie propre. A travers les hommes, c’est bien en quête d’elle-même que la narratrice marche. L’auteur confie : « ce livre, c’était l’envie d’être aimée, sans tricher. Alors quand ce que vous avez écrit a du succès, c’est un bonheur en plus ! ». Même si le livre a des allures de long méandre émotionnel emmenant le lecteur dans le monde intime d’une femme incarnée par l’amour, « Frida » a été écrit minutieusement en trois ans ne laissant rien au hasard dans l’élaboration de sa construction. Mélanie Chappuis essaie de se libérer du sujet qui, trop souvent bloque la création d’un roman. Se libérer du sujet, n’est-ce pas, aussi, s’émanciper de son sexe ? Il semblerait que beaucoup d’hommes aient été sensibles à la lecture de « Frida » y retrouvant une façon de penser typiquement masculine. Si le roman contient donc des thématiques féminines, son écriture ne peut être associé à une plume féminine. Raphaël Aubert,  invité récent de « Tulalu !? », auteur et journaliste à la Radio Suisse Romande, qualifie Mélanie Chappuis de « lointaine petite sœur de Françoise Sagan ». Quel plus joli compliment que celui-ci ? Quand on lit « Aimez-vous Brahms ? », on ne peut être que subjugué par la capacité de Françoise Sagan à se mettre dans la peau des hommes et des femmes et à décrire les tensions qui les habitent. Pour sa prochaine publication, « Des baisers froids comme la lune », Mélanie Chappuis s’est mise dans la peau d’un homme d’une cinquantaine d’année. Alors, y a-t-il une écriture féminine ? On trouve bien sûr des thématiques spécifiques aux hommes ou aux femmes en fonction de leurs expériences propres (pensons aux « Nouvelles orientales » de Marguerite Yourcenar abordant quantité de sujets féminins et contenant beaucoup d’héroïnes). Mais, au-delà des thématiques, peut-on aujourd’hui véritablement qualifier l’écriture de féminine ou de masculine ? Pour Mélanie Chappuis, si on se pose encore cette question aujourd’hui c’est qu’il reste bel et bien des combats à mener.

Selon Raphaël Aubert, ce sont aux artistes eux-mêmes de jouer un rôle dans ce débat. « Il n’y a que quelques rares femmes représentées dans la Pléiade. Il s’agit de casser les habitudes ! ». Dans les années 60 et 70, on revendiquait un style féminin ou une écriture spécifique aux femmes. Simone de Beauvoir, surnommée « le castor » par Sartre est représentative de ce mouvement. Pourtant, à cette époque, le désir des femmes auteurs d’être des hommes n’a paradoxalement jamais été aussi grand. Revendiquer une écriture féminine pour faire mieux que les hommes et parvenir à les égaler ? La femme doit-elle constamment lutter pour s’imposer ou encore se comparer sans cesse ? Pourquoi ne pas simplement écrire pour écrire sans tenir compte de son sexe ? Pour comprendre la subtilité de ce combat dont Simone de Beauvoir était totalement consciente elle-même sans l’approuver, vous pouvez vous référer à l’article précédent sur notre blog : « La femme auteur : de Madame de Genlis à Simone de Beauvoir ».

L’éditeur Bernard Campiche, présent à notre soirée du 8 mars, précise, quant à lui, qu’il ne s’agit pas d’une question de genre, mais de manière d’écrire. « Ce qui compte, c’est la voix et l’expression. Un bon écrivain a d’abord un style. ». La femme ne devrait donc pas être cantonnée au journal intime et, pour lui, l’écriture féminine est une idée dépassée. Mélanie Chappuis renchérit en présentant ces deux auteurs préférés : Marguerite Durras et Albert Cohen. Chez ses deux auteurs favoris, Mélanie Chappuis puise des sources d’inspiration, d’admiration ou de références, mais elle ne décèle jamais l’homme ou la femme derrière les mots, simplement l’écrivain.

Marguerite Durras a tenté dans « Ecrire » une esquisse de définition de ce que peut être l’écriture et ce qu’elle peut inspirer comme crainte auprès des hommes: « Comme j’écrivais, il fallait éviter de parler des livres. Les hommes ne le supportent pas : une femme qui écrit. C’est cruel pour l’homme. C’est difficile pour tous. ». Ce qui est difficile n’est-ce pas justement de casser les habitudes comme le proposait Raphaël Aubert pour éviter d’avoir peur de l’émancipation des femmes ? Considérer les hommes et les femmes comme égaux dans le domaine de la création, respecter et encourager les femmes, oser écrire sans s’excuser de son sexe auprès des hommes. Vivement le jour où ces questions ne se poseront plus et où on lira simplement…un livre.

«  C’est l’inconnu de soi, de sa tête, de son corps. Ce n’est même pas une réflexion, écrire, c’est une sorte de faculté qu’on a à côté de sa personne, parallèlement à elle-même, d’une autre personne, qui apparaît et qui avance, invisible, douée de pensée, de colère, et qui quelque fois, de son propre fait, est en danger d’en perdre la vie. »

Par ces propos, Marguerite Durras prouve bien qu’il n’y a pas de sexe derrière l’écriture, il y a simplement une faculté à écrire.

Carole Dubuis

Ouvrages cités durant la soirée:

« Frida » de Mélanie Chappuis, éditions Bernard Campiche

« Des baisers froids comme la lune » de Mélanie Chappuis, éditions Bernard Campiche (bientôt en librairie)

« Des contes à s’aimer » de Jacques Salomé

« Les nouvelles orientales » de Marguerite Yourcenar

 » Ecrire » de Marguerite Durras

« La femme indépendante » de Simone de Beauvoir

« Aimez-vous Brahms ? » de Françoise Sagan

Raphaël Aubert,le 11 janvier 2010

Carole, Miguel, Raphaël Aubert et Stéphanie

L’homme ne se construit qu’en poursuivant ce qui le dépasse

André Malraux

Raphaël Aubert est l’auteur de deux ouvrages qui sont parus tous deux en 2009 aux éditions de l’Aire. Il s’agit d’un roman, La terrasse des éléphants, et d’un journal,  Chronique des treize lunes, métadiscours sur le travail de création de l’écrivain.

Raphaël Aubert exerce la profession de journaliste à la Radio Suisse romande. Il est parti en reportage aux quatre coins du monde et son attrait pour l’actualité se reflète très clairement dans l’autofiction La terrasse des éléphants où le protagoniste principal, Raphaël Santorin, est également journaliste et a couvert la guerre du Vietnam. Mais Raphaël Aubert a encore bien des cordes à son arc puisqu’il est  amateur d’art. Son père, Pierre Aubert, était peintre et lui a transmis l’amour de l’art. Auteur d’un essai sur Balthus, Raphaël Aubert est fasciné par l’esthétique, la littérature et, surtout, par André Malraux qui, dans Antimémoires, brosse un portrait général de l’homme de son siècle tant du point de vue social, moral, esthétique que philosophique. André Malraux, grand amateur d’Asie et d’art lui aussi, propose ouvertement une théorie sur l’art.  Si le croyant cherche souvent la vérité dans la religion – soit dans un monde supérieur- il est donc en quête d’une vérité absolue qu’il ne trouve pas sur terre. Les hindouistes et les bouddhistes pensent pour leur part que le monde n’est qu’illusion et que la vérité n’est pas accessible ici-bas. Pour André Malraux, l’art n’a pas qu’une visée esthétique, il est une véritable raison d’être. L’art peut donc s’apparenter à une religion, mais il n’a pas la prétention de proposer une vérité absolue. Il participe plutôt à une ordonnance du monde, il propose une solution au chaos et donne un sens à l’existence. D’ailleurs une citation de Malraux précise bien la nature de sa pensée : l’art est la présence dans la vie de ce qui devrait appartenir à la mort ; le musée est le seul lieu du monde qui échappe à la mort. L’œuvre d’art a donc une fonction métaphysique. Elle résiste au temps, elle devient immortelle et elle apporte une pertinence à l’éphémère.

Cette introduction était nécessaire pour bien accueillir la description de l’œuvre de Raphaël Aubert. Son roman la terrasse des éléphants trouve son inspiration dans cette théorie de l’art et, aussi, dans la philosophie hindouiste visant à relativiser notre perception des objets ou des événements. En Occident, la théorie des esquisses, par Husserl, avance que la conscience qu’on a des choses est justement ce qui donne du sens à l’existence. En résumé, ma conscience est absolue et, elle seule permet de donner du sens à ce que je peux voir. Face à cet idéalisme, les philosophies hindouistes et bouddhistes relativisent notre perception des choses et des événements, ce qui signifie que notre vision du monde et, surtout, notre conscience du monde, pourrait être illusoire. L’art serait donc un moyen de réaliser que nous nous trompons. L’artiste aurait donc conscience de cette illusion et tenterait une esquisse de cohérence dans le chaos. La terrasse des éléphants décrit le parcours d’un homme qui découvre qu’il ne sait plus rien de lui-même : Chaque jour l’éloignait un peu plus de lui-même. De ce qu’il avait cru qu’il était, de cette image orgueilleuse de lui-même qu’il s’était forgée. Il se sentait comme derrière une vitre. Et il avait beau taper au carreau avec le désespoir d’un forcené, tout ce qu’il apercevait c’était seulement des ombres indistinctes. Des silhouettes. Voilà ce qu’il était devenu, une silhouette, une ombre informe que ses propres yeux ne reconnaissaient plus. Et maintenant, il avait peur de lui-même.

Le thème de la soirée qui accueille Raphaël Aubert est la nostalgie[1]. L’auteur commence par lire quelques passages de son roman. L’histoire des protagonistes est simple, le contexte de leur existence beaucoup moins. Raphaël Santorin est journaliste. Il a couvert la guerre du Vietnam. L’Asie est devenue son chez-lui même s’il repense souvent, avec nostalgie, à la maison de sa famille dans les Terres Hautes, sorte de mémorial des souvenirs qui ne vieillissent pas. En Asie, tout bouge, fluctue, évolue et se métamorphose alors que son enfance dans le Jura est figée par le temps qui ne s’écoule pas jusqu’au jour où tous les membres qui y ont participé ne sont plus là.

La nostalgie, dit Raphaël Aubert, est souvent un grand thème de la littérature. On peut être nostalgique de grands mouvements artistiques du passé. Raphaël Aubert ne se retrouve pas dans l’art contemporain ou dans une littérature actuelle qui met l’accent sur l’intime. Auparavant, on écrivait pour la communauté. On partait d’un sentiment propre, mais on tentait d’y percevoir une cohérence générale. Actuellement, est-ce que nous ne partons pas d’une constatation générale pour glisser vers le personnel et se replier sur soi ? Pourquoi la nostalgie est-elle si récurrente dans les œuvres littéraires ? Est-ce qu’on crée pour conserver les souvenirs ? Le titre du roman de Marcel Proust A la recherche du temps perdu est, par exemple, très significatif. Est-ce qu’on écrit pour redonner vie ou pour inventer un sens ou encore idéaliser une époque ? Idéaliser, n’est-ce pas s’illusionner ?

L’art, c’est mettre en forme dit Raphaël Aubert. C’est donc donner une certaine cohérence à l’existence. Raphaël Santorin se souvient d’une époque heureuse. En vacances, enfant, il fait la connaissance de Laure Deschamps. Des jours de bonheur qui le bercent encore de délice. Il n’a jamais revu cette jeune fille. Pourtant, une lettre trouvée dans les affaires de son père décédé lui apprend que Laure travaille depuis des années au Cambodge. Sans le savoir, cela fait des années que ces deux individus évoluent très près l’un de l’autre. De quoi s’interroger sur la pertinence du destin ou sur la cruauté du hasard. Pour donner une cohérence à ce qui n’en n’a certainement pas, Raphaël Santorin décide de retrouver Laure. En hommage à la nostalgie. Mais la nostalgie perd son charme quand on laisse le présent la remplacer. Vouloir  revoir Laure, n’est-ce pas perdre une partie de lui, de ce qu’il s’était inventé sur son passé ou sur lui tout simplement ? Lorsque Raphaël Santorin revient sur les lieux de son enfance, sorte de pèlerinage à la mémoire, il le réalise : J’étais pourtant déçu. Malgré le ciel sans nuages et le soleil du matin, quelque chose manquait. La magie tout simplement s’en était allée. (…) Je me sentais envahi par la tristesse et le découragement. Tu n’aurais jamais dû revenir, me dis-je. Raphaël parviendra à retrouver Laure en Asie. Or, le parcours de cette femme, prisonnière pendant des années des Khmers rouges, ne sera plus jamais intimement lié à ce que les deux enfants ont connu l’un de l’autre à l’aube de leur vie. Que reste-t-il si l’on perd jusqu’à nos illusions ? Il faut ouvrir les yeux, doucement, et prendre conscience que tout se détruit progressivement pour mieux se reconstruire certainement. Il faut l’accepter à petite dose.

En guise de conclusion, nous débattons avec Raphaël Aubert. En Occident, les mentalités sont encore dans le contrôle. On opère de la résistance. On décide que c’est notre point de vue qui prédomine, que notre conscience est plus forte que tout. On ne croit qu’à ce qu’on voit. En Orient, tout se métamorphose. On réalise qu’on ne saisit pas l’ensemble, la totalité et on lâche prise. La conscience accepte que la réalité est évanescente.

La nostalgie serait donc cette « région de la vie » qu’on laisserait derrière soi avec la fervente intention d’y revenir quand la vie devient trop difficile à supporter. Une sorte d’Eden perdu auquel on repense toute sa vie. Or, il est nécessaire de réaliser que c’est parce que nous l’avons perdu, justement, que nous pouvons évoluer. Ne pas tenter d’y retourner, c’est éviter de se confronter à l’illusion idéale de notre conscience. Se complaire dans la nostalgie, c’est rêver une vie, pas la vivre.

Carole Dubuis

Autres ouvrages cités :

Jean- Philippe Toussaint, Faire l’amour

Nobokof, Ada ou l’ardeur

Références artistiques :

Raphaël Aubert, Le paradoxe de Balthus

Exposition :

– Une rétrospective sur Pierre Aubert sera proposée à l’espace Arlaud au mois de mars 2010

http://www.musees-vd.ch/no_cache/fr/ruminearlaud/accueil/agenda/agenda-details/?tx_ttnews%5Btt_news%5D=405&tx_ttnews%5BbackPid%5D=1349

– Le C/O de Berlin expose les photographies de Mc Cullin (notamment celles de la Guerre du Vietnam). Une exposition à voir si vous passez par Berlin !

http://www.lintermede.com/exposition-don-mccullin-galerie-co-a-berlin.php

Conseil de lecture :

Krishnamurti, Se libérer du connu


[1] La nostalgie ne doit pas être confondue ici avec la mélancolie car cette dernière n’est qu’un deuil sans fin selon Freud et la douleur d’être loin selon Kundera alors que la nostalgie peut être aussi délicieuse qu’amère.

Mousse Boulanger, le 1er février

Mousse Boulanger lisant de la poésie

« Et lorsque vous saignez, je saigne.

Et je meurs dans vos mêmes liens. »

Aragon

Mousse Boulanger, ancienne journaliste et animatrice RSR, comédienne, auteur et poète s’assoit autour de la table avec, devant elle, la pile des œuvres d’une vie. Des recueils de poésie, des manuels didactiques, des contes pour enfants, des nouvelles, des récits sur la mythologie grecque et des romans.

« La solitude n’est pas une maladie, mais un grand bonheur », lance Mousse Boulanger alors que l’assemblée tente une définition de la solitude, thème de la soirée. Ce mot angoisse les âmes car il est trop souvent mal interprété et renvoie automatiquement au fait de se retrouver seul. Est-ce que la solitude ne serait pas un état précis qui n’aurait rien à voir avec le simple fait d’être seul ?

Parmi les écrits de l’artiste, un seul titre intègre le terme « solitude ». Il s’agit du recueil de poésie le collier des solitudes. Si Mousse Boulanger s’est énormément diversifiée dans les genres, elle souligne la poésie comme « moyen de se connaître, de réfléchir sur soi, d’aller voir à l’intérieur ».  La solitude est donc « un besoin vital » pour créer et, si elle n’est jamais négative, le fait d’écrire ne naît jamais non plus d’une souffrance, mais d’une tension que l’artiste peut éprouver en observant ses propres sentiments ou ceux d’autrui.

Mousse Boulanger a souvent été témoin du malheur des autres et, devant la force de ces gens infortunés, elle n’a pu que s’incliner et s’inspirer pour écrire. La petite Emma raconte la vie douloureuse d’une femme dont le parcours a été terrible, mais qui ne s’est jamais plaint de sa situation. Mousse Boulanger se révolte aussi contre des tragédies plus universelles. Dans Si ce n’est le passant, elle s’approprie les mythes grecs pour dénoncer l’intolérable : dictature, répression, censure et torture. Le récit Pareils aux grains de sable réinvente le mythe de Prométhée pour évoquer le coup d’Etat du 11 septembre 1973 par Pinochet qui a engendré, au-delà de bien des horreurs, la mort du compositeur révolutionnaire Victor Jara dont les mains ont été brisées à coups de crosse.

Mousse Boulanger, dans son amour de la solitude, crée bel et bien pour partager. Enfant, elle était surnommée « la solitaire ». Plus tard, elle n’était, selon ses dires, jamais du même avis que ceux qui dirigeaient. En parlant de Antigone now, l’auteur lance  : « on n’a jamais eu le droit de faire dire merde à Antigone… ». Et c’est bel et bien ce qu’elle a fait dans ce récit !

La poésie revient toujours au premier plan des préférences de Mousse Boulanger. Qu’apporte-t-elle de plus et pourquoi est-elle si profondément liée à la solitude ? « La poésie est un virus incurable. C’est ce qu’il y a de plus secret, c’est ce qu’on a de plus essentiel. ». Et la solitude ? « Elle est inévitable, mais pas toujours assumée. Même quand nous sommes avec quelqu’un que nous aimons, nous pouvons nous sentir parfois très seuls. »

La solitude ne serait-elle donc pas cet état miroir dans lequel nous aurions le temps de nous observer ? Fuir la solitude est-ce renoncer à une part de notre être et éviter de se rencontrer pour de vrai ? Accueillir la solitude est-ce un moyen pour mieux aller vers l’autre ? La solitude est solitaire, mais jamais individualiste. D’ailleurs, dans une courte nouvelle d’Albert Camus, Jonas ou l’artiste au travail, on peut s’étonner de la confusion entre les mots  « solitaire » et « solidaire » laissés en héritage par l’artiste.

Carole Dubuis

Les autres ouvrages cités lors de la soirée :

L’oiselière, Mousse Boulanger

Les nouvelles solitudes, M.-F. Hirigoyen

Pessoa, théâtre complet

Manque et plénitude, Jean-Yves Leloup

Auteurs cités :

Emilie Dickson

Alejandra Pizarnik

Alfongina Storni

Rencontre « Tulalu !? » du 19 octobre 2009 : hommage à Jacques Chessex

Jacques Chessex est décédé le 9 octobre 2009. Miguel, Stéphanie et moi n’avions jamais rien lu de cet auteur, pourtant nous connaissions tous cette figure. Cet écrivain si présent dans le paysage qu’on finissait par l’oublier. Cet artiste dont les livres étaient moins connus que ses frasques et qui n’invitait pas l’envie de lire ses œuvres. Effrayés par la perte soudaine de ce prix Goncourt bien de chez nous, mais tellement étranger, nous avons décidé d’organiser une soirée « hommage » le 19 octobre au Zinéma. Nous souhaitions comprendre ce personnage et le découvrir.

hommage à Jacques Chessex, 19 octobre 2009 au Zinéma

Autour de la table, Mousse Boulanger, écrivaine, comédienne et, surtout, grande amie de Jacques Chessex. Un autre de ses amis précieux, Jean-Claude Boré, est présent. Pour introduire le parcours de l’auteur, Daniel Maggetti, professeur à l’Université de Lausanne. Le reste du comité est minime, mais il est très attentif aux propos qui accompagnent la mort de ce poète exigeant.

L’exigence : c’est probablement le mot clé de la soirée qui orne le départ de Jacques Chessex mort entouré de littérature à la bibliothèque d’Yverdon. Il se levait tous les matins à 4h pour écrire. Il commençait par composer un poème en s’inspirant de la nature qui s’offrait à lui depuis les fenêtres de sa maison de Ropraz. « Je n’ai pas d’imagination », avouait-il. Peut-être est-ce pour cette raison que le moindre fait divers servait sa création ? L’exemple est parlant en ce qui concerne « Un juif pour l’exemple » qui raconte le destin d’un Juif qui évolue dans l’antisémitisme assassin de Payerne. Ce livre valut à Chessex des menaces de mort : « Si tu remets les pieds à Payerne, on te crève ! ». Le meurtre du pauvre homme, choisi pour l’exemple, est décrit de façon froidement anatomique. Le point de vue sur la scène est très distant ce qui permet au lecteur de lire le texte sans avoir envie de vomir. On y trouve même une certaine esthétique tant les mots comblent l’horreur de la réalité. Précision, rigueur et formules : une exigence donc dans le choix des thèmes abordés et dans la manière de les traiter.

Exigence, également, envers lui-même. Depuis tout jeune, une seule envie : égaler Flaubert, devenir célèbre et être réputé. C’est cette exigence sûre d’elle-même qui pouvait pousser les gens à détester Chessex soupçonné d’orgueil ! Il s’en fichait. Il savait, lui, qu’il était un génie. Génie oui, mais au Pays de Vaud qu’il n’a jamais véritablement quitté. Quand son père met fin à ses jours, Chessex se résout à aimer ce qu’il avait toujours haï. A défaut du père, il s’est mis à chérir la terre : « Pour écrire, il faut avoir son carré de terre ».

Jacques Chessex réinventait l’histoire. Il créait des scénarios qui s’étaient sûrement réalisés dans la vie. Il racontait des secrets. Avec, toujours cette beauté de la naissance et de la vie saupoudrée par l’angoisse de la mort. Avec aussi, cet espoir persistant : Dieu.

Au terme de la soirée, Mousse Boulanger lit des poèmes issus du recueil « Dialogue au bord d’une rivière ». Dans la splendeur de cette lecture ponctuée d’émotions, c’est toute l’œuvre d’un grand auteur romand que nous apprenons. Une seule envie dorénavant. Celle de révéler aux gens : lisez Jacques Chessex !

Carole Dubuis

Une bien belle rencontre

Merci à tous d’être venus hier soir à note rencontre de janvier. Nous avons eu le plaisir d’entendre notre invité Raphaël Aubert nous lire quelques passages de son livre La Terrasse des éléphants, puis nous nous sommes entretenus sur le thème de la nostalgie, chacun donnant des références littéraires ou partageant ses expériences personnelles. Ce fut une soirée tout à fait enrichissante.

Le compte-rendu de la soirée, que nous prépare Carole avec passion, ne saurait tarder.

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