Au sujet de la soirée Tulalu avec Patrice Duret

Voyage intérieur vers l’impudeur poétique ?

« Mon ennemi, c’est moi. »

Alexandre Jollien cité par Christelle Meyer, comédienne des soirées  Tulalu!?

 

Fondateur  des Editions « Le Miel de l’Ours » en 2004, Patrice Duret était l’invité de Tulalu le 6 décembre dernier, au Verre à Pied.  Jacques Chessex, Mousse Boulanger et Georges Haldas…quelques noms des poètes à qui il a permis de s’exprimer au travers de petits recueils aussi précieux que des bijoux.

Or, ce soir-là, Patrice Duret n’est pas intervenu pour parler d’édition, mais de création. Car l’éditeur est avant tout auteur. Il sait aligner les mots avant de parcourir les lignes des autres. Ses trois livres, Décisif, Le Chevreuil et les Ravisseuses, sont édités aux Editions Zoé.

Trois ouvrages qui parlent de l’errance. Extérieure et intérieure.

A la suite d’un voyage, Patrice Duret est revenu avec son expérience et un carnet de notes. Ce journal, rempli de souvenirs, c’est une première matière brute qui servira à une écriture thérapeutique. Ensuite, il s’agit de façonner cette matière et de donner corps à cette expérience. D’imaginer en se distançant de ce qu’on a vécu.

Patrice Duret a décidé de raconter ces périples personnels. Dans ses histoires, on touche à l’autobiographie, au privé et à l’intime. Mais la justesse des sentiments décrits et la poésie qui accompagne ses récits apporte une touche universelle à ses oeuvres. »Le voyage, c’est surtout un exil intérieur », précise notre invité. Un transit, raconté par les mots, qui engendre une destruction de la réalité pour bâtir une nouvelle réalité.

Les autres récits sur le même thème du voyage, par exemple « Le poisson-scorpion » de Nicolas Bouvier ou « Voyage au bout de la nuit » de Céline, racontent des voyages initiatiques, mais jamais d’un point de vue égocentrique ou privé. Parler de l’intime, est-ce devenu un luxe de notre société actuelle ? « Frida » de Mélanie Chappuis, également invitée lors d’une soirée Tulalu!?, parlait des doutes amoureux et tortueux d’une femme de trente ans. Blaise Hofmann, de passager à Tulalu!? il y a quelques mois,  présentait « L’assoiffée ». Ce récit décrivait le monde intérieur de Berthe partant à bicyclette pour aller à sa rencontre. Des romans qui osent donc insister sur l’importance des sentiments. Mais faut-il être une femme ou écrire au nom de l’une d’entre elle pour avoir le droit de parler d’intimité ? Patrice Duret ne se gêne pas pour explorer son intériorité ou pour exprimer la part féminine qui l’habite. A cette sensibilité s’ajoute un besoin de jouer avec les limites. Dans le passé, il y avait les choses qu’il ne fallait pas mentionner. Et, souvent, la première chose qu’on ne nommait pas, c’était soi-même en tant qu’individu. En réaction, l’auteur genevois parle de ses états d’âme, de son intimité et joue avec les limites de l’impudeur. Dans Les Ravisseuses, un couple d’amants se réfugie au pied d’un orgue pour se confondre dans un moment d’amour. Une vieille bigote interrompt la romance. Le temps pour l’auteur d’avorter la fin de sa description. Soulageant le lecteur ou titillant une imagination encore plus vive ? Garde-fou de la pudeur ou arme puissante de l’impudeur ? Peut-être les deux.

Tulalu!? est ravi d’avoir accueilli un auteur qui assume sa sensibilité au travers d’une écriture puissamment intelligente. Ses livres sont inspirés par une sincérité délicatement saupoudrée sur le papier.

Carole Dubuis

 

 

 

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