Conférence de Nancy Huston du 14 avril à l’UNIL

«  Le poète ne s’est jamais contenté de conjectures, il sait que la réalité se dérobe toujours mais qu’il ne faut jamais renoncer à la questionner. Il dénonce de nombreuses actions humaines, comme nous l’avons vu, mais il n’a pas de solution, elle serait fausse d’ailleurs, péremptoire. C’est tragique !

Mathilde Landrain

Nancy Huston est l’auteur de Lignes de failles, œuvre qui a été adaptée au théâtre de la Grange de Dorigny au mois d’avril. De passage à Lausanne, l’écrivain a présenté ce livre, le contexte dans lequel elle l’a composé et, surtout, a abordé le thème de l’identité à travers deux mots : fierté et fidélité.

Identity card

Née dans l’Ouest du Canada, Nancy Huston précise qu’elle n’est pas fière de sa nationalité. Elle n’est pas fière non plus de sa religion, fruit de quantité de conversions de ses parents (en plus, avec le temps, elle est devenue athée !). L’auteur n’est pas fier non plus d’être mère. Comme elle le souligne « les mères fières d’être mères sont aussi horripilantes que les pires des machos. Cette fierté est le pire des fondamentalismes. » Ce sentiment, en effet, ne serait qu’une façon de s’affirmer en « je » pour prouver qu’on existe, qu’on a une identité, or, comme l’a écrit Romain Gary, nous avons tous « une responsabilité planétaire ». Nancy Huston cite aussi Térence : « Rien de ce qui est humain ne m’est étranger. » La dramaturge qui a crée récemment Jocaste Reine, a changé d’école deux fois par an étant enfant. Ce sont ces aléas de la vie qui, selon elle, ont forgé son attention aux autres et sa vocation d’écrivain. Arrivée à la vingtaine en France, elle s’exprime aujourd’hui en français avec une précision honorable même si un souvenir d’accent pointe dans son discours. Parler dans une langue étrangère, pour elle, c’est salvateur. L’accent pousse à l’humilité. On ne maîtrise pas tout, on a encore des choses à apprendre. En somme, « il n’y a jamais de quoi être vraiment fier.», conclut l’auteur. Est-ce à dire que notre identité n’est jamais réellement définie ?

Si elle souligne le danger du « nous » qui est fier (en se référant aux Basques et au danger des panneaux indicateurs  en une seule langue ou, pire, en un dialecte), elle précise néanmoins qu’il est nécessaire d’être attaché à ses racines (et c’est bien naturel, non ?). Sans être fier, on peut être fidèle à ce qu’on a vécu. La véritable force, pour Nancy Huston, c’est de chérir un certain héritage tout en ayant le courage de le remettre sans cesse en question. Faire preuve de recul, c’est être conscient du milieu dans lequel on a grandi, de s’emparer de ce qui nous correspond dans ce schéma et de s’émanciper du reste pour se construire dans une individualité qui nous est propre. En somme, à l’image d’un spectre, il est utile d’avoir des préjugés (question de survie, héritée elle, de notre statut d’homo sapiens en danger.) En même temps, il faut être ouvert à autrui : langues, mentalités, autres nationalités. L’idéal est donc de trouver un juste milieu entre les deux. D’éviter la fierté au profit d’une fidélité sans pour autant se dissoudre dans l’Autre, dans le Cosmos, sans accepter tout et n’importe quoi. En résumé, entendre le monde sans oublier de s’écouter.

« La littérature a une mission civilisatrice ! »

Nancy Juston a surtout démontré, lors de son passage à l’UNIL, l’importance de la littérature dans cette thématique. Dans un roman ou dans une pièce de théâtre, on ne parle pas d’identité. Non. On parle d’identification. En les découvrant sur scène, en s’y exprimant, ils nous permettent de les comprendre et de se rapprocher fictivement de l’Autre. Pourquoi est-ce toujours plus facile de pleurer au théâtre alors qu’on reste parfois impassible en voyant le malheur réel d’une vague connaissance ? Est-ce encore un traumatisme de la catharsis qui nous rappelle que nous sommes au théâtre et que, quand nous sortirons de la salle, quelqu’un, en face de notre émoi, nous soufflera : « Ce n’est qu’une pièce, que de la fiction. » ? Non. C’est parce que la littérature ne pose pas l’idée d’un « nous fier », mais d’un « nous altruiste » issu d’un rapport étroit avec la littérature. Nancy Huston le confirme : « La littérature a une mission hautement civilisatrice ! ». Cela à condition bien sûr que le lecteur ou le spectateur accepte de la considérer comme révélatrice des maux de la société et manuel pratique pour les soigner.

Carole Dubuis

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