Paule Mangeat le 5 avril 2010

 

 

Que fait-on dans la rue, le plus souvent ? On rêve. C’est un des lieux les plus méditatifs de notre époque, c’est notre sanctuaire moderne, la Rue.

Céline

Jouir de la foule est un art.

Baudelaire

Qui parle de la rue ?

Paule Mangeat est l’auteur de Côté rue,  paru aux éditions faim de siècle et cousu mouche. Ecrivain, manager du chanteur Zedrus et assistante de direction, le parcours de cette artiste est aussi varié qu’étonnant. Idem pour ses nouvelles qui, réunies dans son livre, constituent un véritable patchwork humain et une fresque littéraire digne d’un orfèvre. Paule a grandi aux Pâquis à Genève. Elle a vite transformé son quartier en un terreau fertile à la création. Paule écrit dans les cafés genevois, entourée de bourgeois parfois, de fêlés ou de zélés, de pauvres diables, de putes et de familles. Elle est habitée par « la passion inaliénable de l’être humain ».

Pourquoi la rue ?

Elle observe, Paule Mangeat, ce qui se passe dans la rue, cet espace où tout le monde se croise. « C’est comme dans une gare, on y rencontre la mixité sociale. On est réunis par la même motivation : aller quelque part. ». La rue, transition entre le privé et le public, endroit où voler des images, espace où l’on se montre. Miroir de la société, marche vers le rêve, moteur de la création ? La rue sauvage et violente qui rend les sens fous ? La rue apaisante d’anonymat ? Visible ou invisible ? Contradictoire. Tellement humaine. « La rue, c’est la nécessité de sortir de chez soi et de poser le pied sur le même pavé que les autres ». La rue est donc un lieu de rassemblement et d’échange.

Ecrivains de rue, écrivains de campagne ?

Paule Mangeat aime la rue, la ville. Elle a une manie : elle écrit. Un jour, peut-être, cela lui passera. Elle fume aussi, mais, ça, ça ne risque pas de lui passer. D’ailleurs, « l’écriture tue plus que la cigarette ». Est-ce que la ville aide à créer ? Dans Architecture d’un marcheur, entretiens avec Wajdi Mouawad, cet auteur libano-québécois explique son rapport à la ville : « Dans une ville, la plupart des gens marchent pour aller quelque part. La marche a une fonction active liée directement aux activités quotidiennes. Pour moi, il est plutôt ici question de marcher pour provoquer, réveiller l’invisible. (…) Il y a une certaine forme de clandestinité. De marginalité. La ville me donne cette illusion. ». La ville contient des rues, la rue abrite des rencontres. L’œil, l’esprit, le corps sont sollicités. Les mots surgissent titillés par ce que l’imagination tire du contexte urbain. Marguerite Durras, explique quant à elle,  dans Ecrire, à quel point la campagne lui est indispensable pour écrire. Blaise Pascal, lui, en a peur: « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie ». Wajdi Mouawad écrit aussi à ce propos : « Je n’aime pas la campagne. Elle m’ennuie très rapidement. ».

Il semble qu’il y ait plus d’écrivains de rue ? Des marcheurs effrayés des espaces verts trop tranquilles qui empoisonnent le talent. Dans la ville, il a l’effroi de ne plus pouvoir s’arrêter. Dans la campagne, il y a l’angoisse de ne jamais remarcher et de mourir en ayant contemplé son imagination. Paule Mangeat aime savoir que la campagne existe tant qu’elle ne s’approche pas d’elle.
Carole Dubuis

Ouvrages cités pendant la soirée:

Côté rue, Paule Mangeat

La fée carabine, Daniel Pennac

Dans les bois éternels, Fred Vargas

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

archives

  
%d blogueurs aiment cette page :